• MES PREMIERS PAS DE PECHEUR

    SEPTEMBRE 2004: me voilà dans le nord ouest de la Colombie Britannique, une région aux multiples facettes. pour la petite histoire, c'est en juillet 2003 que j'ai pour la première fois visité ce coin de paradis. Nous avions passé le week-end au Rodéo de Calgary et notre décision de poursuivre vers l'ouest fut prise le dimanche soir, en dépliant une carte sur l'herbe mouillée du camping. Pourquoi ce choix? Une seule route est tracée sur la carte, pas d'agglomérations, et donc une région potentiellement riche en faune.

    A l'automne 2004 donc, j'avais devant moi trois semaines pour explorer les trésors le long du Cassiar Highway. Au village de Stewart, des locaux me parlent avec enthousiasme de Meziadin Lake, un lac qui se faufile dans une ancienne vallée glaciaire. Réputé pour accueillir tous les ans quatre cent à cinq cent mille saumons qui remontent du Pacifique, Meziadin est un lieu idéal pour pêcher, rencontrer des ours et voir les aigles tournoyer au-dessus de l'eau. Une trentaine de kilomètres de long, 3 kilomètres de large en moyenne: le flanc ouest du lac est matérialisé par une arrête de la chaîne des montagnes côtières, qui plus à l'ouest culminent à plus de 2300 mètres. Tout en haut, se trouve un plateau couvert de vestiges de la dernière époque glaciaire, le Cambria Icefield.

    Pêcher dans le lac, oui, mais comment faire sans une petite embarcation qui vous permet d'atteindre les bons spots, c'est-à-dire les trous où les poissons se rassemblent? Sur la route vers Meziadin, je m'arrête donc à la Junction pour faire le plein et j'interroge la  propriétaire. Sa réponse fut immédiate: "sans bateau, il te reste la rivière, à 2km de là. Hanna Creek est  facile d'accès depuis le pont, tu t'installes sur la berge, tu  verras, les saumons seront là".

    En effet, la petite Hanna Creek regorge de saumon sockeye, des arlequins fascinants à la tête verte et au corps rouge écarlate. Après un quart d'heure d'exploration pour choisir "mon" spot, j'étrenne ma canne à lancer, muni d'un leurre en métal scintillant, il paraît que c'est très efficace. Effectivement, les touches se succèdent et après quelques loupés, je ramène sur la grève un saumon qui s'est jeté sur le leurre, plus par excitation que par faim.

    Car une fois eau douce, les saumons cessent de s'alimenter. Ils ont compris que l'heure de la reproduction a sonnée, et toute leur énergie est maintenant consacrée à perpétuer l'espèce. Les petits "smolts" -c'est le nom de l'alevin- qui sont devenus adultes après quatre à cinq années de vie en haute mer, reviennent ainsi sur le lieu de leur enfance avant de mourrir d'épuisement, mais après avoir complété le cycle de la Vie.

    Au prise avec "mon" premier saumon, je ne suis guère attentif au buisson sur ma gauche. Lorsque ma compagne me fais des grands signes, je considère tout d'abord cela comment un encouragement au pêcheur débutant que je suis. Ce n'est que lorsque j'entend bruisser le cornouiller que je finis par comprendre! Je laisse sur place mon matériel et je rejoins le chemin en contre-haut, histoire de voir l'évolution de la situation. A ma grande surprise, arrive une mère grizzly accompagnée de son petit, que dis-je, un ourson âgé d'environ deux ans! Quelle image! Quelle émotion! Le temps de prendre une photo, et voilà nos deux ours au mileur de Hanna Creek, trop occupés à pêcher pour s'intéresser à moi. Morale de l'histoire, imprimée en gras sur tous les guides de pêche: "never fish the same spot", en clair évite de partager un bon coin de pêche avec le grizzly!

    Une autre fois, ce sont les oiseaux qui m'ont accompagné. Sur la berge du lac, j'ai pris l'initiative de vider un saumon pour mieux le conserver. A ma grande surprise, le grand corbeau s'est rapidement "mis à table" pour nettoyer les restes. Mais il n'était pas le seul prétendant, et rapidement un aigle pêcheur immature lui disputa les restes. L'aigle pêcheur, ou pygargue à la tête blanche, est un oiseau majesteux, très farouche, difficile à photographier. Par contre les jeunes semblent moins inquiets et se rapprochent volontiers de l'homme: c'est alors un grand moment de bonheur que de les voir tournoyer dans les airs, s'exercant au vol en piqué pour mieux capturer un saumon qui fend les ondes de Meziadin... 

    Le passage de l'enfance à l'adolescence est un acte brutal pour un aiglon. En 2004 sur les bords de Gnat Lake à la frontière entre la Colombie Britannique et le Yukon, j'ai assisté à une scène "d'abandon". En effet, vers la fin de l'été alors que le jeune est toujours au nid et est nourri par ses parents, ces derniers décident de le laisser seul, afin qu'il prenne ses responsabilités. A la nuit tombante, les parents se sont envolés, et ce sont les cris d'angoisse du jeune qui m'ont alerté. L'aire était installée dans un cèdre  sur une petite île, en face de mon feu de camp. Le lendemain, résigné, le jeune quitta pour la première fois son abri pour survoler le lac. Superbe! Un peu hésitant, mais déjà fier de maîtriser les airs! Les jours suivants il s'enhardît et tiraillé par la faim, il apprit rapidement son nouveau rôle de prédateur.

    Ainsi va la vie dans le grand nord, rythmée par les saisons, rythmée aussi par le cycle perpétuel entre prédateurs et proies.

     

    Suite prochainement.


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